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Le câblage en Haute-fidélité

 

Petit sujet sur le câblage en Haute-Fidélité, sujet très controversé, ou s’affrontent souvent les extrêmes, avec des avis bien tranchés, plus ou moins argumentés d’ailleurs : certains sont hyper convaincus de son utilité, et d’autres estiment que le câblage en hifi est une pure escroquerie. L’idée n’est pas de faire un exposé technique, encore moins une liste de « bons » câbles, mais simplement d’aborder le sujet de manière pragmatique et dépassionnée.

A mon sens, une des causes de ces controverses est la difficulté que l’on a à décrire le sujet de manière techniquement irréfutable. Pour faire simple, d’un point de vue électrique, un câble se décrit par sa résistance, sa capacitance et son inductance. Or, ces paramètres sont très proches quel que soit le conducteur (à minima qualitatif), il y a donc dans les faits une différence extrêmement faible de ce point de vue entre un câble à 5 € et un câble à 1000 €. La réalité est que la performance d’un câble en audio ne peut pas se résumer à ces seules mesures. Il y a plusieurs phénomènes, comme les interactions entre les brins conducteurs, le comportement en fréquence dépendant de la matière, de la section et de la forme du brin, il y a également des interactions avec le blindage, l’isolant, sans parler des effets mécaniques. Pour faire une analogie toujours en hifi, un amplificateur ou une source ne peuvent pas être évalués musicalement parlant sur leurs seules caractéristiques chiffrées, aussi nombreuses et précises soient-elles. Prenez 2 sources numériques, avec le même niveau de dynamique le même rapport signal/bruit, les mêmes courbes de distorsion, et vous entendrez la plupart du temps 2 présentations sonores sensiblement différentes malgré tout.

Les caractéristiques techniques des câbles, quand elles sont publiées, (section des conducteurs, matériau des brins, isolants, blindage…) peuvent éventuellement vous donner une idée de la qualité de conception et de fabrication, mais ne vous diront absolument rien sur le résultat sonore. C’est la combinaison de tous ces paramètres, et d’autres encore, qui abouti à un câble plus ou moins équilibré, plus ou moins vivant, plus ou moins bien timbré… La seule manière de savoir et de tester !

Le fait est que toutes les mesures effectuées sur les électroniques et câbles sont réalisées dans des conditions assez simplistes, en tout cas extrêmement simplifiées par rapport aux conditions réelles de reproduction musicale, ou l’élément n’est pas seul mais est intégré dans un système complexe et interactif, qui doit reproduire en même temps des micro-détails et des signaux à fort volume, des signaux complexes avec des composantes superposées en extrême grave, grave, médium et hautes fréquences, et ce sur une charge (l’enceinte) qui n’est pas constante sur toute la gamme de fréquences. De plus l’enceinte, en plus de se comporter en récepteur, génère son propre courant de par le déplacement de la bobine mobile dans le champ magnétique de l’aimant ! On le voit, le fonctionnement réel en reproduction musicale est donc extrêmement complexe et à ce jour impossible à modéliser si l’on raisonne en termes de musicalité.

 

 Pour revenir aux câbles, leur comportement diffère suivant le métal conducteur utilisé, sa pureté, suivant la section et le nombre des brins. Interviennent aussi le mode de tressage des brins, les isolants utilisés, le blindage, l’amortissement mécanique, la qualité des contacts… Ces éléments, souvent quasiment transparents à la mesure, induisent des différences de comportement qui sont audibles sans ambiguïté. Dire que tous les câbles se valent , c’est comme dire que pour une voiture tous les pneus se valent. Pour aller chercher le pain, c’est clair qu’on ne va pas faire de différence entre 2 pneus différents, mais en conduite sportive, et plus encore en compétition, la qualité du pneumatique devient un levier essentiel pour aller chercher de la performance. De la même manière un système hifi d’entrée de gamme, ou les éléments ne seront pas particulièrement bien associés, ne bénéficiera pas ou très peu de la mise en place d’un câble performant. Par contre si l’on veut maximiser la performance d’un système pas forcément hors de prix, mais bien construit avec des maillons cohérents entre eux et installé dans un espace d’écoute correct, le câblage devient alors un élément déterminant, et même essentiel sur un système haut de gamme !

 

Alors pourquoi autant de polémiques à ce sujet ?

On entend régulièrement des exemples du type : « j’ai testé un câble secteur à 1000 € sur mon système et franchement ça ne vaut pas le prix, c’est du vol, voire ça marche moins bien que le câble d’origine… »  Le pire c’est que dans certains cas c’est possible ! Je m’explique : Il faut bien comprendre qu’un système hifi est une chaîne de plusieurs composants qui interagissent entre eux de manière complexe : aucun élément n’est techniquement parfait, donc chacun apporte en effet sa personnalité (ses défauts) en termes de restitution musicale. Prenons un système avec un streamer, un DAC, un amplificateur intégré et 2 enceintes : outre les électroniques et les enceintes, on a 3 câbles secteur, éventuellement une barrette secteur, un câble numérique, un câble de modulation, et une paire de câbles haut-parleurs. Dans ce cas précis admettons que le système soit câblé entièrement en câblage d’origine, et que l’on teste un beau câble secteur à 1000 € sur l’amplificateur. La perception à l’écoute va de manière quasi certaine être modifiée, mais pas forcément avec un saut qualitatif flagrant ; pourquoi ? Et bien il arrive très fréquemment qu’un câble de meilleure qualité inséré dans un système apporte non seulement des avantages, mais mette aussi en avant les défauts (ou limitations) d’autres maillons (le câble secteur de la source, le câble modulation…ou la source elle même). C’est à mon sens la raison principale de l’incompréhension fréquente quand on parle de câbles en Hifi : le sujet doit être abordé avec humilité (à cause de sa complexité), et non pas sur 1 élément, mais sur le système en globalité ! Pour refaire une analogie avec la voiture, prenez une voiture basique et mettez lui des gros freins de sportive : vous allez penser pouvoir freiner plus tard, mais les suspensions, les pneus, la géométrie des trains roulants vont vous empêcher d’en tirer profit, et vous ne prendrez au final pas le virage plus vite… et vous prenez même le risque de faire une sortie de route ! Au final vous pourrez dire que ces super freins ne vous apportent rien, que c’est cher payé, que vous n’allez pas vraiment plus vite… ça n’est pas la qualité des freins qui est en cause, mais le fait que leur apport dans le système « voiture » est neutralisé par d’autres éléments plus faibles.

 

Donc pour mener une expérience qui a du sens, il faut partir sur un système avec une source, un amplificateur et des enceintes cohérents entre eux, mis en oeuvre correctement dans une pièce d’écoute, et faire l’exercice de comparaison entre ce système câblé « d’origine » et le même système optimisé en câblage dans sa globalité. Encore une fois, on ne parle pas forcément de système très haut de gamme, mais d’un assemblage de maillons qualitatifs et cohérents entre eux. Dans ce cas, je défie quiconque doté d’un minimum d’oreille et d’honnêteté intellectuelle de ne pas apprécier un gain très substantiel à l’écoute d’un câblage optimisé ! Simplement, comme pour la préparation des voitures en sport automobile, cela ne s’improvise pas et cela demande des compétences dans le domaine, de l’expérience, et de la méthode. Les interactions entre les électroniques, les enceintes et le câblage sont très complexes et la difficulté consiste à trouver des associations qui sont cohérentes, qui fonctionnent en harmonie. Il faut comprendre la personnalité de base du système et alors on peut mettre en oeuvre un câblage qui permet de maximiser la performance des électroniques et des enceintes. En réalité, il ne s’agit pas d’apporter de la performance, mais d’en enlever le moins possible : Le câble est un élément de transmission qui dans l’idéal transmet 100% de l’information sans altération, on essaie simplement avec un câblage optimisé de réduire au strict minimum ces altérations. Plus le système de départ est performant, plus la démarche demande de la précision et de la finesse, car sur un système très résolvant le moindre déséquilibre est audible, aussi cela peut demander plusieurs essais, plusieurs étapes. Car tous les câbles du système sont concernés, sans exception : secteur, numérique, modulation, haut-parleurs, chacun d’entre eux apporte sa signature, ses limites, ses défauts dans le système.

 

Ce qui nous amène à parler d’argent. Pour commencer, l’optimisation doit être cohérente avec le prix du système, ou plus précisément avec son « potentiel musical ». Avec des électroniques et enceintes musicaux, investir 25 % de son système en câblage (avec une analyse sérieuse) n’est pas du tout incohérent.  L’effort doit être fait sur la compréhension et l’écoute du système, pour mettre l’argent là ou il apporte le plus de performance : l’improvisation en fonction des bonnes affaires du moment ne paie pas… En effet à prix égal, certains câbles vont littéralement magnifier le système et d’autres non, et ce n’est pas toujours une question de qualité intrinsèque des câbles, mais parfois de compatibilité avec certains autres composants du système. Un vrai travail d’optimisation consiste déjà à bien comprendre le système, et ensuite à chercher une solution globale qui apporte le maximum de gains qualitatifs pour un budget donné. Pour être franc, des câbles à moins de 100 € qui révolutionnent votre système, cela n’existe malheureusement pas, mais on peut cependant apporter de très sensibles améliorations avec des budgets raisonnables. Si la démarche doit être à mon sens globale, la mise en oeuvre peut tout à fait se faire par étapes, en fonction des possibilités financières. Concernant le budget, on peut donc avec une approche sérieuse sensiblement optimiser le rapport optimisation/prix. Malgré tout, les paliers de performance se paient, aussi il convient de toujours rester dans une logique cohérente avec le prix du système. Il y a un optimum dans cette démarche d’amélioration en termes de cohérence ressentie à l’écoute ; passé un certain seuil, on peut continuer à améliorer certains critères, mais souvent au détriment de l’équilibre général. C’est là qu’il est conseillé se s’arrêter… ou de faire évoluer électroniques et enceintes.

 

Si vous avez le projet de faire progresser votre système par un upgrade du câblage, il est fortement conseillé de faire appel à un professionnel compétent qui saura comprendre votre système et également le type d’écoute que vous appréciez (on n’aime pas tous les mêmes choses…), et ensuite, ce sont vos oreilles qui seront le juge de paix. L’idéal est d’écouter avant d’acheter : la démarche n’a absolument rien d’ésotérique, si une optimisation est réussie, vous l’entendez dans les 3 premières secondes de musique ! Si vous êtes mélomanes, cela n’est pas seulement une optimisation, mais cela peut changer radicalement votre manière d’écouter, et de vivre la musique !